Les jamais publiés : 1- Suite à Nice

le

Parfois, on a envie d’écrire, et puis non finalement : à quoi bon publier ? Voici une série de textes gardés par-devers moi, parce qu’en triant, je me dis : après tout, pourquoi pas ?

Le cœur gonflé d’amour, je regardais les miens. Le ciel était d’un bleu uni, les palmiers immortels, le vent léger. Nous étions posés dans un entretemps parfait, simplement heureux d’être là. Je pensais : vais-je les garder ? Quand l’un d’eux est parti déjà, la peur te ronge, des fois. Tu sais que la douleur ne s’efface jamais tout à fait, malgré la foi. Tu sais que la joie de la croix est parfois très amère.

Nice, l’été. Pas que des choses que j’aime, je sais. Trop d’argent, et des vies gâchées. Quand on s’éloigne de l’eau, aussi, un autre monde, et des lieux de violence, et de saleté. Ce mélange étonnant du Sud, qu’on voit de l’autoroute, peut-être plus qu’ailleurs : le luxe et la misère. Les balcons sales, et plus loin des nantis aux caisses rutilantes. Des balades en bolide pour, à dix heures de smic horaire les dix minutes, toucher un peu du doigt ce que ça ferait d’être riche. Et des beaux coins aussi, des églises fraîches.

Je ne suis pas d’ici, mais je l’aime, cette côte qui me fait rêver – rêver d’être de l’autre côté de la mer, parfois. Je ne sais pas dire la douleur que je ressens – de ce qui s’est passé ici.

Notre monde s’écroule sur lui-même. Ceux qui ont le pouvoir jouent la carte de l’union sacrée – comme si leur action, et leurs choix, étaient indiscutables, comme s’ils étaient des dieux, non critiquables. Ceux qui l’avaient-prédit-mais-on-ne-les-a-pas-écoutés sortent de leur réserve – comme s’ils n’avaient rien fait pour qu’on en arrive là. Ceux qui prient, prient, et appellent à la paix. Ceux qui haïssent, haïssent. Chacun a sa solution, son idée, sur ce qu’il faudrait faire.

Je devrais approuver sans réserve les beaux communiqués – l’amour plus fort que tout, tout ça. Mais quelque chose me manque, je ne sais pas dire quoi.

Je revis ce moment – hier, l’année dernière. Ceux que j’aime sont là, je prie pour les garder. Nous sommes main dans la main, et nous rions. Nous sommes ensemble, nous nous aimons, nous marchons, nous sommes à Nice, il fait si beau.

Il fait si beau, je ferme les paupières, le soleil sur ma peau, il fait si si bon. Les voitures et les bruits de l’eau. Et de l’autre côté, cet autre monde, auquel je suis si attaché. Je voudrais que jamais rien ne change.

Ma tristesse est à la fois profonde et si légère, je ne sais pas désespérer, car je crois en l’éternité. Je pleure sur les familles, déchirées, décimées, je prie pour ces visages d’avis de recherche.

Je ne pense pas qu’il suffise de continuer à boire des verres, ou aller aux concerts, ou à sortir, pour échapper aux larmes qui nous guettent. J’ai peur que nous attendent des moments encore plus difficiles.

Ils me tombent des mains, ces communiqués. Je ne veux pas des mots. Je veux que ceux que j’aiment restent. Et qu’il fasse beau.

 

 


Photo : Wikipedia / Cayambe – licence Creative Commons Attribution – Partage dans les Mêmes Conditions 3.0 (non transposée)/em>

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s