J’attends.

De sang et de poussière mon corps s’est recouvert, quand ils ont bombardé mon quartier.

Ma mère est morte.

Ma fille est morte.

Tout ce que j’avais cru construire, est mort.

Je dors depuis des mois sous une tente en toile blanche. De la poussière encore, à ne savoir qu’en faire.

Celle qui m’a donné sa vie, et mes enfants, s’en est partie hier. Je ne veux pas voir qu’elle soit morte aussi. Je ne veux plus rien voir.

Il n’y a plus que toi et moi, mon petit homme. Tu dors tout près de moi, ton petit souffle court. Tes grands yeux aux longs cils, sont vides, quand tu regardes ce qu’est devenu notre univers. Nous sommes dans un camp, le monde en est réduit à la poussière. Des milliers de tentes blanches alignées. Des baraques où manger, où faire ses besoins, où se laver. De grandes tentes encore où on nous interroge. Des personnes qui sont venues là exprès tentent de nous expliquer. Que tout cela ne va pas, ne peut pas durer. Mais leurs yeux trahissent leur colère, leur fatigue, leur impatience.

Le ciel est rouge au soir, crevé par les avions. Qu’ils soient ceux des mauvais, ou ceux des bons, ils nous font peur. Qu’ils transportent des bombes, ou des rations de nourriture, c’est d’eux que nous est venue la mort.

Sais-je encore qui je suis ? Ai-je un nom ? Un pays ? Je ne sais plus pourquoi je vis.

Des jours ou des années, à piétiner.

C’est pour toi que je vis, mon petit homme. Parce que je suis ton père. Même si je suis mort, moi aussi.

J’attends que d’autres décident enfin de notre sort, si nous devons vivre ou mourir, rester ou émigrer, et dans quel pays.

J’avais toujours rêvé de voyager. Aujourd’hui, ça me fait pleurer, rien que d’y penser. Où nous enverront-ils ? Dans quel pays ? Dans quelle langue serons-nous rejetés ? Que verront-ils en nous ?

Je n’attendais pas grand-chose de la vie. Son sourire. Lui faire des enfants. Ne jamais rien faire qui aurait terni le nom de mes parents. Prier Dieu. Être honnête. Et je n’ai jamais fait de politique.

Tu t’agites dans ton sommeil. je te serre contre moi. J’attends.

J’attends.

J’attends.


Photo : Chavez/world bank, licence CC BY-NC-ND 2.0

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