De toi

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De toi ils ont peur, mon ami, tu le sais.

De toi, de tes coutumes, parce que « ces gens-là », comme ils disent, « ne font rien comme nous ». Entre eux, déjà, tu sais, ils ne font pas comme eux. Mais qui est comme toi ? Qui est comme moi ? Personne. On est tous fils uniques, aux yeux de Dieu, et personne ne sourit comme toi, n’a ta voix, ton visage, qui te relient au monde. À moi parfois, quand on peut bavarder un peu.

J’ai marché dans les rues des villes de tes ancêtres, j’ai vu l’ailleurs dont ils ont émigré, je sais un peu de toi par ça… mais pas plus au fond, mais pas moins, que de celui qui a la même culture que moi : que sait-il de ce que je pense, au fond de moi ? Que sait-il de mes rêves les plus profonds, mes blessures, qui je suis, moi, au fond de moi ? Ne suis-je pas un autre aussi, pour lui, ne suis-je pas un autre de « ces gens-là » ?

Suis-je si différent de toi ? Qu’est-ce qui a décidé Celui qui me fit, qui te fit, à me faire naître ici, et toi là-bas ? Qui peut se vanter de ce jeu de la Providence, assurer devant Dieu qu’il n’aurait pas pu être né là-bas, ou plus loin, plus au Nord, plus au Sud, plus Arabe, plus Juif, plus Norvégien ?

Qui peut assurer devant Dieu qu’il est mieux, qu’il fait mieux, qu’il ne fait pas partie de « ces gens-là » ? Qui peut se vanter, parce qu’il a hérité de sa foi faire comme s’il méritait quoi que ce soit ?

Les anges hurlent parfois, je crois, devant tant de connerie, tant de méchanceté, tant de mépris de toi – de moi aussi, par d’autres, parfois, je crois.

Pourtant, je suis l’un d’eux. J’ai grandi avec eux. Bouffé dans leurs gamelles, aimé leurs chansons. Dit les mots qu’ils ont dit, partagé foi, culture, langue, chiottes, écoles, sueur, peurs, trottoirs, sang, destinée, je le sais. Je suis aussi un peu de ces gens-là, qui te voient comme étant d’ailleurs. Parfois, j’ai peur aussi, j’avoue. Parfois.

De… toi. Parce que tu n’es pas moi, tout simplement. Voilà.

On ne guérit pas de l’autre parce qu’il est autre, on n’efface pas les peurs par des slogans, on n’explique pas tout par la peur, non plus. Marcher à tes côtés s’apprend, toi qui n’es pas comme moi, parce que tu n’es pas moi, tout simplement.

De toi je veux un peu apprendre qui tu es, ce que tu voudrais faire, à quoi tu rêves.

Je veux bien recevoir, et donner.

De toi.

 



Image de Kevin Dooley publiée sous licence Creative Commons CC BY 2.0 à l’adresse https://www.flickr.com/photos/pagedooley/1804080776

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