Assis sur le rebord du temps…

2598631865_ff9da73dfd_b

Assis sur le rebord du temps, je contemple avec Toi le passé – et le futur, et le présent, le présent ressassé.

Enfant Dieu, Fils de Roi, Messie, je vois ta Croix posée, posée comme au centre du temps, qui est comme une roue. Tout vire, tout passe, et Tu es là, et ta Croix à chaque instant liée, ta Croix pour racheter, pour offrir le Salut, à tout homme de tous les temps, par des voies que Toi seul connais. Qui ne contemple pas ta Croix est pour ainsi dire désaxé. Car ta Croix est posée, au centre de tout temps, tout temps lui est lié, éternel moment unique et répété, car ne se finissant jamais, absolu, hors du temps.

Ta Croix est reliée, mystérieusement, à toutes les messes, de tous les temps, à tous les sacrifices aussi, à tous ceux que l’on offre, et à ceux que Tu prends – et chacun d’achever, en son temps, ce qui manque à Ta Croix. Ce que Tu as laissé, pour dire : tiens, je te donne même d’avoir part au salut du monde ! Vois, je t’ai tout donné : même de prendre part à ma Passion…

Enfant Dieu, Fils de Roi, Sauveur, Tu poses un regard désirant sur chaque homme de chaque moment, désirant qu’il entende, au-delà du mouvement, Ton appel immobile et clair, l’appel à la Lumière. Qu’il arrête le temps. Et qu’il prenne un moment. Qu’il dise un de ces « oui » qui sauvent une vie, en entier. Celui du bon larron. Celui du dernier temps. Pas de « oui » hors du temps. Nous n’avons qu’un instant.

Enfant Dieu, Roi Messie, Amour, je vois dans Ton regard la tendresse infinie qui T’a poussé à T’incarner, à entrer dans le temps, Toi qui es toute éternité.

Enfant Dieu réceptacle digne de recevoir en Toi la Vie même du Père aimant, Enfant lié à Lui d’un Amour qui est Quelqu’un, O tendresse inouïe, blesse-moi à jamais, brûle-moi du désir de venir avec vous, partager, hors du temps, le bonheur infini d’Etre. Le bonheur infini d’Aimer. Le bonheur inouï d’Etre Aimé. Et qui donne enfin d’aimer être.

J’ai couru sur le bord du temps, contemplé ton visage d’enfant. Tous les moments perdus à médire, à maudire, à détester, tous les coups, les pardons refusés, les regards détournés, toutes les hontes bues, les péchés, m’ont semblé s’évanouir au bord du temps – attirés par le vide, tombant dans le néant, à rebours, sans un bruit. Tout ce qui n’est pas bon est comme n’ayant jamais été – en même temps que jamais effacé, mais ailleurs, hors de Toi, hors de Ta bonté, car le mal, que Tu as payé, Tu ne peux même pas l’imaginer.

Nos péchés sont un peu comme des moments voilés, des moments où nous échappons à la condition d’être objets de Ton amour, hors de Ta volonté. Tu es là, et nous nous cachons, très dangereusement penchés sur le rebord du temps, prêts à tomber encore, à tomber âme et corps, en arrière, au néant, dans le manque de repentir, l’absence de regret, qui nous coupent à jamais de Toi.

Quelle douleur serait celle de celui qui t’ayant contemplé un instant serait privé de Toi à jamais ! Il eût mieux valu ne jamais entendre parler de Toi. La seule peur, c’est celle-là, c’est être séparés de Toi…Pitié pour moi, pitié pour nous, prends tout, mais prends-nous avec Toi !

En courant sur le bord du temps, j’ai partagé tes jeux d’enfants. Tu m’entraînes au jardin immense, dont Ta Croix est la porte, que nous ouvre Ta Vie, et Ta Résurrection, invitation et condition de notre admission à venir avec Toi puiser au jardin de la Vie sans fin.

Assis sur le bord de ma vie, je T’entends me dire tout ce que j’ai fait. Toutes mes larmes coulent. Je mendie de cette eau que Tu donnes, qui apaise ma soif de Toi. Je mendie de cette eau sans fin, et qui me renouvelle. Je mendie Ton Esprit d’enfant chéri du Père.

Voici le temps. Et voici la lumière. Et je dois revenir en arrière, et si j’ai un instant contemplé Ta Lumière, il me faut retourner au temps. Je sais que Tu me vois à chaque instant. Je veux Te dire tout, Te confier tout, Te mendier tout, je veux vivre dans Ta présence. En bruit et en silence, à temps et contretemps, dans l’action charitable, la prière, et les sacrements. Je puise en Ta Parole, je puise en Ton Eglise, dans les saints, et la Tradition, et dans le Magistère, des fragments tombés dans le temps, de Ta Lumière.

Je sens Ta main posée sur moi, au travail, à la maison, quand je dors, quand je joue, quand je parle et quand je me tais. Je voudrais tout laisser, ici et maintenant, pour être près de Toi, tout le temps. Mais pour ceux vers qui Tu m’envoies, je veux bien rester dans le temps – un moment. Rien ne compte, rien ne dure, que le poids de l’Amour du Père. Tout ce qui n’est pas Lui ne dure qu’un moment. Il est. Tu es. Vivant.

J’ai aimé m’adresser à Toi. J’ai aimé prendre ce moment. Je reviendrai vers Toi. Je m’assiérai là, près de Toi, assis à contempler, et à intercéder, prenant si c’est possible dans une seule prière tous les vivants. Je soutiendrai cet homme des premiers temps, qui se bat simplement pour vivre. Et ce prêtre du moyen-âge, qui donne tout aux pauvres de sa paroisse. Et cette demoiselle qui offre des sourires au vent. Ceux qui prient, ceux qui souffrent, et ceux qui désespèrent. Tous, ils offrent un reflet de Ton visage – c’est aussi en pensant à Toi que Ton Père les a faits. Surtout les plus petits, les plus pauvres, les plus souffrants – de toutes les petitesses, de toutes les pauvretés, de toutes les souffrances. Les malades, les prisonniers, les aficionado du sexe et de l’alcool, les drogués du pouvoir, et les dorés sur tranche au cœur vide comme un tombeau neuf.

Viens habiter ces vies, Aimant. Viens déposer ta mort au linceul de nos vies, que nous soyons touchés de Ta Résurrection. Embrasse d’un même regard tout homme de tout temps. Je me sens ridicule d’oser dire « Jésus t’aime ». Non que j’aie honte de Toi ! Mais je suis si petit, et si petits nos mots ! Dire un si grand mystère comme on dit : tiens, il pleut. Les trémolos n’y changent rien, pas plus que les grands shows, les cris ou la lumière. Cependant, je ne T’ai pas choisi, Toi, oui. Alors, dis, me voici. Alors, tiens, prends ma main. Que je ne sois plus rien, que Tu sois tout en moi, que Tu fasses tout par moi. Fais-nous les instruments dociles – fragiles – de Ta grâce et de Ta bonté.

Fais-nous les instruments fidèles de Ta seule volonté. Fais-nous entrer sans attendre dans Ta mission. Comme on se jette entier dans le courant du temps, porté par Ton seul Vent, ni encore d’ici-bas, pas encore tout là-haut – en tout cas, avec Toi.

Marana Tha !


Image publiée sous licence Creative Commons à l’adresse : http://www.flickr.com/photos/ecos/2598631865/in/photostream/

Publicités

One Comment

  1. Ce soir du 24 Décembre, j’ai fait un bon dîner avec mes collègues. Pour la première fois dans ma carrière, j’ai l’occasion d’aller à la messe de minuit pendant une période de travail. La soirée était sur sa fin lorsque je suis parti pour me rendre à la messe de minuit. J’ai proposé à mes collègues de venir avec moi, et à ma grande surprise, l’un m’a demandé de prier pour lui. Le cœur tout gonflé de pouvoir porter dans ma prière cet homme, et tous ceux de ma profession qui ne peuvent pas se rendre à la messe, j’ai démarré mon vieux fourgon capricieux, guidé par mon smartphone grâce à messe info. J’avais fini par choisir l’Eglise la plus proche, au milieu des champs selon mon GPS, que je confondais avec ma belle étoile. De demi tour en demi tour, je m’enfoncait dans la nuit étoilée et la campagne provençale. Je me trouvais semblable aux bergers du pays de Jesus.
    Mais mon lyrisme ne dura pas longtemps : Impossible de trouver un chemin pour rejoindre la petite étoile bleue qui s’affichait sur l’écran. Le minutes passaient, les chemins rétrécissaient, et il était de plus en plus difficile de trouver la place de faire demi tour sur les chemins de terres encaissées entre les murs de pierres sèches. Par erreur, je suis entré dans une propriété privée. Les occupants dérangés par mon intrusion ne savaient où était la chapelle. Trois demi tours plus tard, ma boîte grinçait et refusait que je passe les vitesse, tandis que j’en fonçais mes roues arrières dans un fossé pour retourner la bête. Je ne faisais plus le fier dans mon gros camion qui calait. Ma clef ne tournait plus dans la serrure, et même en forçant, le levier de vitesse ne bougeait plus. J’étais définitivement en retard, j’allais rater les lectures, et peut être plus encore. Et si je restait coincé ici ? jamais je ne serai à l’heure le lendemain. Je pensait aux bergers. Eux aussi, en allant vers la crèche avaient emporté avec eux leurs brebis, leurs instruments de travail. Eux aussi avaient peut être un patron, et des comptes à lui rendre sur ses bêtes. Derrière la représentation naïve du santon provençal, il y avait aussi des pros, comme moi. M’escrimant sur mon véhicule, il finit par céder. Je risquait de manquer à mon boulot, et de manquer la messe. Et là, me vint la question : Quel sens cela a de chercher une Église ? Je ne sais pas pourquoi, mais je me suis rappelé du thème des JMJ de Cologne, auxquelles je ne suis pas allé : « nous sommes venus l’adorer ». Et ça, c’était LA réponse à cette question. Moi aussi, je veux aujourd’hui aller adorer le Seigneur venu pour moi et pour tous les hommes, même si ils ne savent pas où il y a une messe. Même si je dois le faire au travers d’une porte d’Eglise. Pour l’adorer et lui dire que ça a un sens pour moi qu’il vienne nous sauver, même si la plus part du temps on en à rien à faire. J’ai changé d’objectif pour une autre paroisse. Les pins étaient remplacés par des ronds points et des centres commerciaux. Arrivé devant trois Églises toutes illuminés et aux portes closes, j’interrogeais les passant et poussait la porte des bars pour demander : « où est la messe »? Je pensait à Marie, et à toutes les portes auxquelles elle a frappé pour trouver où accoucher,et au souci de Joseph qui voulait trouver quelque chose, au plus vite. Je me frayait un chemin dans un café où les clients me disaient : « c’est fermé », et le garçon de café pointa du doigt une colline avec une église éclairée au sommet. Deuxième colline où chercher un chemin parmi les HLM. De nouveaux cul de sac avec des marches arrières de 50m sur des routes en lacets. Mais tout ça avait un sens autre que mon entêtement. Si en demandant mon chemin je ne savais pas témoigner de ce que je cherchais à ceux qui me renseignaient, je disais : au milieu de toutes ces villes décorées pour Noël, mais qui ne t’attendent pas, je te cherche seigneur.
    Je finis par arriver 45 min après le début de la messe. J’entendais le bruit à l’intérieur de l’église de campagne. Après avoir fait le tour de l’édifice, je vis que les deux portes étaient closes, et que leur poignées tournaient dans le vide. « Je suis venu t’adorer ». Puis quelqu’un m’ouvrit. J’arrivais au premier rang comme avec des sabots boueux dans une salle d’accouchement. Je me suis fait tout petit. C’était la profession de foi, qu’on disait tous ensemble, en parlant du Christ mort sur la Croix. J’étais accueilli par la voix de gens qui comme moi disaient leur foi en Jésus. Celui là, né la nuit dans l’indifférence des hommes, celui qui est la lumière du monde et le salut pour tout homme, celui là qui s’est laissé crucifier pour nous. Le prince de la Paix. J’ai pleuré toute la messe. Au chant final, ma voisine du rang du fond où je m’étais rapatrié m’a proposé un kleenex, et j’ai pris ma voix la plus grave pour chanter « il est né le divin enfant » avec les yeux rougis. Je suis venu l’adorer, et je l’adorait en étant là. C’était tout simple. Moi, là pour lui, et lui, venu pour moi. C’est tout, et tout est là. Je suis aller m’agenouiller devant la crèche, et je lui ai dit encore que j’étais venu pour l’adorer, lui l’enfant que je voudrais prendre dans mes bras. Petit poupon dans la paille de la crèche, et roi d’amour ensanglanté sur la croix. Mon dieu et mon rédempteur, qui nous appelle mes amis.
    M’aimes tu ?
    Oui, Seigneur, tu sais bien que je t’aime.
    M’aimes tu ?
    Oui, Seigneur, tu sais bien que je t’aime.
    M’aimes tu ?
    Oui, Seigneur, tu sais bien que je t’aime. Je suis venu t’adorer comme un berger, mais le vrai berger, c’est toi Seigneur, car tu m’as conduit jusqu’à toi. Je t’aime, et aujourd’hui, pour te le montrer et te le dire, je suis venu t’adorer.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s