De la clarté

Ce matin, la nature était blanche, et pure. Et tout avait gelé, c’était un paysage d’une beauté extraordinaire. Le soleil se levait lorsque je pris la route, et c’était comme une cathédrale de cristal offerte aux rayons orangés de l’aube. L’air pur et vide laissait voir cette beauté à l’infini, le regard portait loin, plus loin qu’aux plus beaux jours d’été. Les maisons, et les arbres, la route et les clôtures, tout se fondait dans la blancheur, comme taillé dans le même matériau léger, immaculé. Je n’avais jamais vu, de ma vie, une telle lumière, une telle précision de détails, et rarement une telle beauté. Pourtant, tout était familier, mais comme transfiguré.

Il en va ainsi de nos existences, de toute vie humaine. Nous voyons trop souvent les choses à travers des prismes déformants, nos regards portent rarement au-delà de nos soucis quotidiens. Si nous pouvions voir chaque être, et chaque chose, tels qu’ils sont, tout serait ainsi revêtu à nos yeux de l’Amour de Dieu. Tout est en fait créé en permanence, et la Volonté agissante de Dieu fait que tout tient en place. Nous habitons, sans en prendre conscience, au milieu de Sa Volonté, au cœur de Son Désir, notre existence même témoigne de Sa Présence.

Et toute vie est sacrée.

Je suis sacré. Non pas pour ce que je fais, pour ce que je désire… Je suis sacré, parce que je suis porté dans la main de Celui qui me crée, non pas pour le néant, mais pour la sainteté, et pour vivre avec Lui, et avec les autres, dans le temps et l’éternité.

Bien sûr, le mal, né de la liberté, me marque. Bien sûr, il a fallu au Fils de Dieu donner sa vie pour me racheter de la chute qui m’entraînait vers le néant. Bien sûr, le mal, cet élément pathogène, est venu perturber le monde. Mais, pas au point de détruire l’Amour de Dieu pour moi, et ce salut offert, et son regard toujours plein d’espérance pour moi, et cet appel à la Vie en Lui qu’Il me lance, à chaque instant, Lui qui me voit, et m’aime !

Seul un regard d’amour confiant, et humble, peut donner la mesure des choses. Seule la prière seul à seul en silence, le dialogue amoureux de l’homme et de son Créateur, fait entrer dans l’intimité du cœur, fait voir la vie telle qu’elle nous est donnée. Toutes choses reliées ensemble, toute chose ordonnée à Dieu, tout homme appelé à vivre en Lui, et tout mal vaincu par le Christ. C’est de cette beauté-là que nous sommes appelés à témoigner, de ce regard posé sur chaque instant, non pour minimiser le mal, mais pour dire : en toute chose, à Dieu la victoire.

Juger, et condamner, est une forme de cécité pour l’homme. Nous sommes tous bien plus bêtes que nous ne le croyons, et beaucoup plus pécheurs que nous ne l’imaginons. Mais aussi bien plus riches de potentiel d’amour et de création que nous ne pourrons jamais le rêver. Nous sommes des fils et filles de Dieu, adoptés par baptême, convoqués à sa Sainteté. Certains iront à Lui d’un trait, d’autres continueront leur purification après la mort, mais aucune situation n’est, en soi, désespérée. L’espérance chrétienne détruit tous les cynismes, fait relever de toutes les formes de mort, de tristesse, de torture de l’existence. Même au pire des salauds, elle offre une espérance inouïe. Dès lors, il faut poser sur chaque être humain un regard étonné et humble, et se dire : « qu’est-ce que Dieu pourra faire de lui, ou d’elle ! s’il, elle, se laisse aimer ! » Et se poser, d’abord, la question à soi-même, et vivre pour soi-même cet étonnement : mon Dieu, qu’est-ce que je suis ridicule, mais combien ta puissance éclaire toute ma misère, quel projet merveilleux Tu as, et je sais que Ta volonté vaincra toutes mes limites, et je sais que Tu es vainqueur, vainqueur sur toutes les morts, les tristesses et les vilenies, et c’est en Toi, en Toi seul que je veux espérer et croire ! »

Alors, bien sûr, il faut croire, et prier, et construire des projets, bien sûr. Il faut épouser avec joie sa vocation, renoncer à ce qui n’est pas fait pour nous, parfois malgré les apparences, et il faut encore bien subir quelques persécutions. Il faut aimer, enseigner, et reprendre, et à temps, et à contretemps, mais surtout, surtout, garder toujours ce regard de petit enfant, qui voit la création telle que Dieu la voit, Lui dont la volonté d’Amour revêt toute chose, et tout humain, comme d’un voile blanc, au commencement du temps, dans l’aube immaculée et pure de ce matin d’hiver.

Comme un voile de givre recouvre toute chose, unifie tout de proche en proche, que notre amour s’étende, embrasse en même élan le gentil et le méchant, celui qui nous attire et celui qui nous fait vomir. Qu’un regard plein d’amour et d’espérance, de plus en plus profond, de plus en plus miséricordieux, de plus en plus patient, élargisse notre horizon, purifie le regard : c’est alors que l’on voit à l’infini.


Image publiée sous licence Creative Commons à l’adresse http://www.flickr.com/photos/g-alain/6586750299/in/photostream/

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