Et toi, la mort, ta gueule !

J’en veux à ceux qui ont écrit les « vies de saints » que je lisais dans mon enfance. Sous prétexte d’édulcorer, on y présentait très souvent les choses comme si, youp la boum, suffit de faire sa prière, on a des vies très chouettes avec Jésus.

Quand j’ai commencé à creuser, par exemple la vie de mon grand ami saint Jean Bosco, je me suis aperçu que ça n’était pas si évident : failli mourir, s’est fait tirer dessus, ses confrères voulaient l’enfermer, et autres choses pas drôles. Et Thérèse d’Avila de dire un truc du genre « Seigneur, je comprends que vous ayez si peu d’amis, quand je vois comment vous les traitez. »

En fait, la vie chrétienne, c’est pas les Bisounours. C’est fait de doutes, de péchés pardonnés, de peurs, de pleurs, de saloperies, de chutes, d’insomnies, de mal de bide, de peur de mal faire, d’engueulades, de fuites, de rattrapages. C’est fait de « mais qu’est-ce que je fous là, je suis pas digne, j’ai pas le profil, y’a erreur de casting, mais bon Dieu, t’es encore fourré où si tu m’aimes, pourquoi je suis dans la merde comme ça en permanence, pourquoi je doute, j’ai peur, et tout me fait chier parfois. »

Sinon, c’est que tu ne vis que pour toi sans t’en rendre compte. Le mal et la mort rôdent, tout te pousse à douter, à te trahir, ceux qui devraient t’aider t’enfoncent.

Être chrétien, aujourd’hui, et toujours, c’est dire :

« Mon Dieu, je veux t’aimer, te suivre, et te servir, même si je doute parfois, même si j’en bave, même si je ne comprends rien. Je rêve de lumière, mais me vautre dans la poussière. Je tombe cent fois, Tu me relèves mille. Tout me tire vers le bas, Tu m’élèves. Au-delà de l’échec apparent, je veux combattre pour la vie, l’amour, la vérité. »

Et quand dans tes moments de doute, tu penseras que tout ça ne sert à rien, dis-toi que tu partages les combats des grands saints. Même si tu trembles, pleures, doutes, avec Christ, tu es vainqueur. Et couvert de tes larmes, de sang, de cicatrices, resté fidèle, tu pourras dire enfin, et à la fin : « et toi, la mort, ta gueule ! »

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One Comment

  1. Dans son journal Kierkegaard écrivait: « Un être humain doit vivre dans un tel état d’angoisse, que s’il était païen il n’hésiterait pas à commettre un suicide. Dans cet état, alors, il doit vivre! Dans cet état seulement peut-il aimer Dieu. »

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