Tu connais mes chemins

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« Un ami, c’est quelqu’un qui te connaît bien mais qui t’aime quand-même… » Je ne sais pas pourquoi, cette pensée amusante et vraie me tournait dans la tête, un soir, alors que je priais. Je ne sais plus de qui elle est, ni où je l’ai lue, mais elle me revenait, comme ça, sans préavis. Je fis silence, sûr qu’elle en annonçait une autre. Qui ne tarda point : « Je suis ton meilleur ami. »

J’ai tellement souffert du grand n’importe quoi qui a parfois marqué catéchèse et vie de paroisse, que je me méfie comme de la peste du « Dieu copain » supposé remplacer le « Dieu vengeur » de nos « pauvres ancêtres dans la foi » prétendument analphabètes, dans ces « temps reculés d’avant Vatican II » où tout était « archaïque et rabougri ». Alors, Dieu, mon meilleur ami… méfiance !

Pourtant, elle était là cette sensation reçue, confirmée par la Parole : « Vois, j’ai gravé ton nom sur la paume de mes mains », et par des petits signes discrets semés sur mon chemin, coups de pouce délicats et utiles dans des difficultés passagères mais néanmoins pénibles. Là aussi, je sais bien qu’une partie de nos élites vous considèrent comme un « chacha » névrosé souffreteux et sous acide si vous osez parler de ces petits miracles qui manifestent l’attention et la proximité de Dieu avec chaque détail de nos vies. Mais j’affirme que Dieu n’agit pas seulement pour noyer l’armée de Pharaon, mais aussi pour poser sur la route un bout de ficelle quand votre lacet de sandale casse alors que vous détalez comme un lapin. Bien sûr, vous êtes souvent le seul témoin de ces petits miracles au quotidien, mais si vous ouvrez grand le cœur, ils vous touchent parfois plus que l’Exode lui-même. Non pas par égoïsme, mais parce que l’on imagine très bien Dieu faire de grandes choses (comme me disait un prêtre, c’est un peu son boulot) mais pas forcément de toutes petites. Des petites choses à ma petite taille, qui me disent qu’Il est non seulement sensible à la marche du Monde, mais aussi à ma petite personne, avec mes petits drames, joies, hypocrisies, espoirs, rêves, emmerdements et tutti quanti.

Ces derniers temps, Il m’avait donc donné d’être plus attentif aux signes. A chaque fois que, butant sur un problème, je priais « Seigneur, non ! », je voyais aussitôt apparaître une solution aussi inattendue que providentielle. Tant et si bien que j’en vins à perdre un peu de ma capacité (très grande) à râler, me plaindre in petto et désespérer par avance de tout et de n’importe quoi. Surtout de n’importe quoi.

Et voilà que cette parole s’affirme, et se répand en moi : « Je suis ton meilleur ami. »

Ca n’enlève rien à la foi catholique, à la révélation, à l’enfer, au purgatoire, au paradis, au jugement individuel, à la présence réelle, au salut par la foi en Jésus-Christ, à la primauté du successeur de Pierre, etc. (toutes notions qu’il est capital d’approfondir sans cesse), mais voilà que, nonobstant tout cela, Dieu se déclare mon ami ! Et pas n’importe lequel, le meilleur.

Celui qui me connaît le plus ET qui malgré cela m’aime le plus.

Et Il me dit :

« Je connais tes chemins. Je veille sur ta vie, je suis là, au matin. J’aime rester avec toi, à t’écouter, même si tu ne me laisses pas souvent en placer une. Tu ne t’en doutes pas, mais où que tu ailles, je suis là. Je tiens ta main quand elle tremble, je sèche tes larmes. Je compte tes cheveux, je connais tes bonheurs. Tu sais, parfois, quand quelqu’un veille sur toi, ça te fait du bien. Quand gamin ta maman refaisait ton lacet, que tu sentais le parfum de ses cheveux : tu avais le cœur gros d’amour, tu n’étais que tendresse et reconnaissance. Je suis comme ça, moi, quand je te vois. Je relève ce cheveu qui tombe dans tes yeux, j’écarte de toi la pierre qui te ferait tomber, je te donne de l’eau fraîche quand tu as soif, je te veille quand tu es malade ou bien que tu t’écroules de fatigue. Je te bénis, je parle de toi en bien à mes amis, je dis : je désire de tout mon désir qu’il vienne ici partager mon bonheur sans fin. Je te veux près de moi, toujours, t’avoir près de mon cœur, et sans fin te nourrir et te donner tout ce que je suis. Tu as déjà ta place prévue au Ciel, et nul autre que toi ne saurait l’occuper. Elle est pour toi, je te l’ai préparée. Je voudrais que tu y accèdes, et en attendant, t’éviter de tomber ; je voudrais que tu me laisses faire ton bien plus souvent. Même si tu ne comprends pas. »

L’enfer c’est d’être hors de la présence de Dieu : j’ai compris que j’étais trop souvent plongé dans un petit enfer quotidien, qui ne prend pas le temps de « regarder à Christ », comme disent certains ouvrages traduits de l’anglais et aux formules aussi efficaces que mal tournées. « Crie à Christ », on dirait une pub pour un chocolat au riz soufflé, c’est barbare à l’oreille mais ça dit l’essentiel.

L’amour de Dieu pour nous dépasse infiniment tout ce que nous pourrions rêver de gentillesse, d’attention, de finesse, de pudeur, de délicatesse, de tendresse, de connaissance, de respect, de générosité. Nous sommes trop souvent de gros barbares bavards face à Lui, nous nous préoccupons en vérité si peu de Lui… Nous avons peur aussi d’entrer en relation, parce que nous n’osons pas assez Lui faire confiance. « Confier ma vie à Dieu ? me disait un ami. Oui, mais s’Il ne fait pas ce que je veux ? » Cette confession-boutade n’est pas aussi bête qu’elle en a l’air : elle caractérise trop souvent notre attitude profonde de croyant. Penser, vraiment, en profondeur, que Dieu nous veut du bien, est le commencement d’un chemin de sainteté qui passe par la croix, bien sûr, mais qui nous libère de nos morts, qui ont pour noms : peur, dépression, angoisse, égocentrisme, matérialisme, et ce foutu manque de temps pour le face-à-face qui bouffe nos relations humaines et spirituelle.

Fasse le Dieu trois fois saint, ami des hommes, que chacun et chacune d’entre nous Lui laisse un peu plus aujourd’hui de place dans sa vie, simplement pour s’asseoir avec Lui, l’écouter, lui parler même très peu mais avec une confiance totale. Car le « je m’abandonne » ne naît pas d’un aveuglement quelconque, ni d’un fatalisme résigné, mais de la volonté d’aimer en retour Celui qui le premier nous dit : Je suis ton frère, je connais tes chemins, et je suis ton meilleur ami.

Entrer dans cette relation donne naturellement le goût de partager à ceux qui ne le connaissent pas, ou ne le connaissent pas assez, l’Evangile de l’amour. Evangéliser, c’est étendre à tout homme l’excellente nouvelle que Dieu nous connaît et nous aime, qu’Il veut notre salut. Quelle joie alors de prendre conscience de l’immensité de l’Amour qui nous précède, et, alors qu’on l’imaginait si lointain, de dire dans la louange : « Seigneur, Tu connais mes chemins ! »

Florent


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4 commentaires Ajouter un commentaire

  1. Philothée dit :

    Merci Florent !

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