Petit Billy

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J’étais à l’hôpital, pour visiter quelqu’un, je ne sais plus qui. J’ai rencontré Billy.

Il avait dix-douze ans, des tuyaux lui sortaient du ventre, il était pâle et cherchait à parler. Des perles de sueur faisaient briller son front. Il lisait un bouquin que je connaissais je crois, c’est un truc comme ça qui nous a rapprochés. Du genre « ah, c’est bien, l’histoire est passionnante ».

Billy avait un truc vraiment pas amusant, du genre qui l’obligeait à rester là, à subir des soins humiliants, douloureux, constants, sans plus d’intimité ni de joie dans sa vie. Billy m’a expliqué que ses parents se séparaient, un peu à cause de lui, un peu parce que son père ne pouvait plus supporter de le voir s’étioler. Billy souffrait, en permanence, mais souffrait en silence. Il voulait que sa maman pense que ça allait pour lui, qu’elle n’était pas obligée, après tout, de venir le voir si souvent, après tout elle avait sa vie.

Billy avait juste besoin de parler comme ça, de partager un peu, avec quelqu’un, sa vie. Je ne sais pas si les infirmières pouvaient prendre du temps avec lui, je l’ai surtout vu seul, dans ses bouquins, l’air de ne pas s’ennuyer, mais, du coin de l’œil, buvant le monde autour de lui, l’air de ne pas vouloir embêter cette vie à laquelle il n’avait plus droit, désormais. En le voyant je pensais à ses camarades, en classe, à la récré, ou en train d’essayer un nouveau pantalon avec leurs parents, dans un grand magasin de vêtements. Des vacances. Ou un chien. Une console. Une vie.

Je ne jette pas la pierre aux parents de Billy, pas même à ce papa qui ne pouvait pas regarder mourir son fils. Qui peut juger de ces choses, décréter qui est un salaud, qui un héros ? Je sais seulement, pour l’avoir ressenti au fond du ventre, que dans ce putain d’hôpital, ces saloperies d’odeurs, les blouses, ses draps immaculés, et sa table de nuit en Formica, son bouquin, le bouton d’appel, des stores, les murs pêche, les bruits étouffés, un sanglot, quelqu’un qui tousse, Billy buvait la vie, petit reste d’heures égrenées, et n’avait soif que d’être aimé.

Pas qu’un jour des adultes puissent décréter que ces heures, même pourries, ne méritent plus d’être vécues. Pas que des adultes décident d’arrêter Billy.

C’est con, mes sentiments, ça ne fera jamais des arguments, mais je suis presque sûr que les assassins de vieux, de malades et d’enfants, qui veulent faire passer la dernière et la plus extrême des barbaries pour de la dignité, n’en ont rien à foutre de Billy.

C’est parfois dégueulasse, mais c’est si beau, la vie.


L’image originale n’a rien à voir avec cette histoire, est publiée sous licence Creative Commons, et son auteur n’a aucun lien avec ce blog ni ne valide son contenu. On peut la trouver ici.

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