Hors du Corps

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Je voudrais raconter comment, durant un an, je suis devenu athée. Plongé dans un monde inconnu, pour moi du moins, et qui m’a fait comprendre bien des choses.

C’est à cause d’un ami, en fait. Qui est mort. À vingt ans. Putain, comme j’ai chialé !

Quand on a descendu la caisse dans la fosse, un machin s’est cassé en moi. Je ne l’ai pas compris tout de suite. Et puis, quand je suis allé à la messe, le dimanche d’après, j’ai failli hurler de rire. Un vieux en robe jouait à la dinette avec deux trois bougies, devant une assemblée de vieilles, en lisant un bouquin écrit par des types d’il y a deux-mille ans qui lapidaient les femmes et pensaient que la terre était plate. Et qui étaient supposés nous aider à réfléchir, aujourd’hui, à l’heure du Net ! Des chants à chier. Un sermon d’une débilité sans nom. Une assemblée d’une tristesse à hurler. Mais qu’est-ce que je foutais là ?

Je vous jure, amis cathos, cette sortie hors du corps ecclésial m’a mis par terre. Sans le regard de la foi, on a l’air nazes parfois. Très nazes.

La vie pour qui a cru et ne croit brutalement plus est d’une tristesse infinie. La mort effraye plus que tout : sera-ce un étouffement, une paralysie, le sentiment de s’écouler comme le sable dans le sablier ? En tout cas, ça fait peur. Je ne voulais pas pourrir !

Et cette prétention des cathos à avoir des réponses sur tout, bordel, ça donne envie de gerber, tout simplement. Ce mélange de neuneu et de suffisance. J’abrège.

J’ai vécu une nuit sans foi, indescriptible, abominable, écœurante, durant laquelle j’ai par charité pour mon entourage continué à faire tout comme si. Je n’aurais jamais pensé, moi qui suis né croyant, vivre tout ça un jour.

Un an plus tard, des jeunes m’ont demandé de parler de ma foi. Puisant dans mes souvenirs, j’ai commencé à me la raconter. Un beau témoignage vide de sens, bien joué, bien mimé, bien imité. Et puis, au fur et à mesure, j’ai senti comme un souffle chaud gonfler mon âme d’un bonheur ineffable et doux, un torrent brûlant de tendresse et de joie immense. J’ai compris que j’avais retrouvé la foi.

Ce que j’en garde ? La vision effrayante de ce que nous sommes, un peu, parfois, au regard de qui n’est pas issu de notre cercle d’initiés. Entre Le Quesnois et Deschiens, si c’est possible… Beaucoup moins de suffisance, je pense, sur le fait de « détenir » la vérité. La conscience très aiguë que notre annonce du Christ est mêlée de saloperies qu’il n’est pas toujours évident de démêler. La tentation est permanente de m’annoncer moi, mon langage, mon mode de vie, mon milieu, comme s’il n’y avait que MA façon d’incarner l’Évangile.

Cela peut arriver. Oui, je l’ai expérimenté. La foi nous est donnée, mais on peut la paumer. Je la chéris d’autant plus de l’avoir reçue de nouveau. Je peux la perdre, en fait, maintenant, je le sais.

Il faut être attentif aux critiques, en fait. Elle ne sont pas toutes le fait du Diable, qui voudrait méchamment nous déstabiliser. On peut être catho, et avoir des côtés à chier. Écouter celui qui ne croit pas, ça peut aider. Ne pas se réfugier derrière son catéchisme, accepter le dialogue, aimer, surtout, aimer.

Alors moi, je veux bien que ça aille mieux pour l’Église avec un peu de com. Et je sais de quoi je parle, c’est un peu mon métier. Mais je crois surtout, surtout, surtout, que pour être mieux écoutés, il nous faut beaucoup, beaucoup, et encore beaucoup plus, d’humilité.

Florent


L’image s’intitule “Sadness” et elle est publiée par Alexis Tejeda sous licence Creative Commons. Son utilisation n’implique aucunement l’approbation par son auteur des textes publiés ici.

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2 commentaires Ajouter un commentaire

  1. corine dit :

    Beaucoup, beaucoup, et encore beaucoup plus d’humilité oui. Accepter d’être petit face au plus petit, au plus différent, au plus loin. Personnellement je crois que c’est vraiment une belle chance pour moi d’avoir des amis athées. Qui m’aiment et que j’aime aussi.Il n’y a qu’un verbe Florent qui nous fait avancer: aimer. Et diminuer encore devant nos certitudes pour laisser toute la place à cet amour.
    Bon sang, qu’il est bien ce billet, qu’il fait du bien aussi 🙂

  2. Hél dit :

    Votre témoignage est très touchant et j’aurais presque envie de dire rassurant… Je suis catéchumène, je doute toujours beaucoup, quelque fois moins, quelque fois plus, mais je vois que le « Chemin » est loin d’être une ligne droite. Merci pour votre article.

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